Article 1

Santé et bien-être. Journal: La Grande Époque.

Écrit par Catherine Keller. Genève 31-10-2007.


Rencontre avec Laure Vétois, art thérapeute et formatrice
 

La médecine anthroposophe a été fondée par Rudolf Steiner, scientifique et philosophe autrichien (1861-1925). Elle tient compte de la personne dans sa globalité. L’aspect physique (volonté, activité), l’âme (vie du sentiment, des émotions) l’esprit (vie intérieure et spirituelle), le milieu dans lequel elle vit et l’influence des astres forment un tout avec le corps. Etre malade signifie qu’un déséquilibre dans l’un ou plusieurs de ces domaines survient. Plusieurs disciplines collaborent pour soigner la personne. L’art-thérapie en est une.

LGE : Qu’apporte l’anthroposophie à l’art-thérapie ?
Laure Vétois : Un déséquilibre, une pathologie ou une maladie ne proviennent pas uniquement d’un problème organique ou psychique. La personne atteinte s’est peut-être distanciée de son esprit ou son âme est affectée par un choc emtionnel. Nous allons aussi tenir compte de sa biographie, de son tempérament et de son caractère. Le but sera de percevoir l’essence de l’être humain afin de le reconnecter avec lui-même à travers sa créativité.

LGE : Quelles techniques utilisez-vous ?
LV : Chaque personne est différente. Les techniques varient suivant le thérapeute et le patient. Le dessin (ombre et lumière avec le fusain, pastels ou crayons de couleurs), la peinture (aquarelle) et le modelage (argile) sont les bases de nos interventions en art-thérapie. Selon le problème et la demande, on utilisera un moyen plutôt qu’un autre.

LGE : Est-ce que vous parlez avec le patient avant de créer ?
LV : Là encore, tout dépend du thérapeute ; certains n'échangent pas verbalement, d’autres assument des ateliers en groupes et parfois, c’est la personne elle-même qui ne souhaite pas s’exprimer. Personnellement, j’axe ma thérapie aussi sur l’aspect psychothérapeutique. Durant la première moitié de la séance, la personne dépose « son sac à dos ». Cela va me permettre d’entrer en contact avec sa biographie, de savoir où elle en est. Ensuite, on peut le remplir (le sac à dos!) de lumière et de couleur : en silence, la personne va exprimer sa créativité. Entre les séances, je lui propose de s’investir dans un travail plus personnel. C’est un chemin qui lui permet de rentrer en elle-même, se découvrir, prendre confiance en elle et finalement se retrouver.

LGE : Comment choisissez-vous la méthode que vous allez utiliser ?
LV : Lors des premières séances, on établit un diagnostic. Selon l’âge ou la pathologie, on va choisir un moyen d’expression, puis au cours des séances, les données et leurs manifestations évolueront. Par exemple, un exercice de polarité tel que l’ombre et la lumière au fusain conviendra bien à un adolescent qui vit en pleins extrêmes. Chez une personne qui manque de structure, on utilisera le dessin de formes celtiques ou les mandalas. Par contre, pour une personne qui étouffe dans des structures trop rigides, on pourra travailler par exemple sur une structure architecturale : il lui sera proposé de diluer cette structure dans la couleur, puis de la restructurer selon sa créativité, son moi intérieur.

LGE : Comment l’art peut-il soigner quelqu’un ?
LV : Une personne qui crée se retrouve face à elle-même. Son « œuvre » représente son reflet. Suivant l’expression de la personne, on peut voir si elle est structurée, déstructurée, dépressive, extravertie, etc. Le thérapeute interviendra grâce aux moyens et outils susmentionnés afin de l’aider à retrouver une harmonie intérieure et de se reconnecter au monde spirituel. Alors seulement pourra-t-elle à nouveau appréhender l’extérieur positivement.

LGE : J’ai appris que l’art-thérapie anthroposophique peut aider les personnes atteintes de lourdes pathologies telles des cancers, qu’en dites-vous ?
LV : L’art-thérapie n’a pas la prétention de guérir mais peut apporter une aide précieuse. L’état d’esprit dans lequel se trouve le patient influence beaucoup sa guérison. L’art-thérapie va l’aider à gérer sa situation. Il va pouvoir accepter sa maladie, mieux vivre son quotidien pour prendre en charge celle-ci sans la combattre. C’est aussi un espoir pour la personne qui voit que même si son corps ne suit plus, son être intérieur peut encore aller de l’avant et existe au-delà de la maladie. Cette prise de conscience peut ensuite lui donner la force de restaurer son corps. Cette guérison n’appartient pas au thérapeute qui n’est là que pour guider temporairement le patient.

LGE : Est-ce que vous avez pu constater une amélioration chez vos patients ?
LV : Dans les années 90, j’ai travaillé 11 ans avec un groupe de personnes séropositives et atteintes du sida. À cette époque, la trithérapie n’existait pas. C’était terrible, ils mouraient les uns après les autres, bien que certains parvenaient à vivre avec leur maladie, même déclarée. Ils suivaient les séances avec une grande assiduité pour quelques participants. C’était leur seule sortie, le seul lieu où ils pouvaient parler de leur maladie alors si tabou et exprimer leur créativité. Ils ont exposé, vendu leurs œuvres, nous sommes allés à des congrès sur le sida, c’était un moyen d’exister autrement qu’à travers la maladie. J’ai pu constater le pouvoir thérapeutique de l’art ; certains vivent encore aujourd’hui et vivent bien. Ces partages hebdomadaires représentaient alors un point d’ancrage et d’évolution inestimable, une grâce.

LGE : Comment sont formés les art-thérapeutes anthroposophes ?
LV : Arthéa est une formation à temps partiel en peinture et arts thérapeutiques localisée à Genève, qui se déroule à raison d’un weekend par mois et deux semaines en été. Aucune formation préliminaire n’est requise. L’étudiant va suivre une formation très poussée au niveau artistique et psychologique durant trois ans, après une année et demie probatoire ; afin de développer ses richesses intérieures et son intuition pour les mettre au service du patient. C’est ainsi que chaque thérapeute est différent, il travaille avec sa personnalité, son ressenti, il n’y a pas de règle fixe ; pour un cas étudié, chaque étudiant interviendra d’une façon différente.

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